Etes-vous
fait pour la Bourse ?Dernièrement, un ami m’a demandé de lui donner de l’information sur
différents placements qu’il aimerait faire dans les prochains mois et
c’est ce qui m’a inspiré cet article. En fait, j’ai remarqué plusieurs
lacunes au niveau des connaissances financières des jeunes de ma
génération et j’ai cru bon résumer les différents points qui vous
permettront de savoir si vous êtes fait pour la bourse.
Quel est votre horizon de placement ? La question la plus importante à se poser quand on est jeune et que
l’on veut investir, c’est de savoir quand vous aurez besoin de votre
argent. Certains voudront commencer à épargner pour une mise de fond
initiale à l’achat d’une première propriété. Certains voudront s’acheter
une voiture, d’autres voudront économiser pour leur mariage et, après
tout cela, il en reste quelques uns qui voudront commencer à épargner
pour leurs vieux jours. Dans tous les cas et sous tous les prétextes, je
déconseillerais à quiconque voulant investir en bourse de passer à
l’action s’il prévoit utiliser cet argent dans les 5 prochaines années.
En fait, les marchés boursiers sont assez imprévisibles à court
terme ce qui, règle générale, n’en fait pas un bon placement si vous
n’avez que quelques mois ou années devant vous. À l’inverse, le temps
sera votre allié si vous investissez sur plus de 5 ans. Plus
précisément, les données historiques vous confirmeront que les marchés
boursiers s’avèrent le véhicule de placement générant le plus de
rendement à long terme, surpassant celui des titres obligataires ou du
marché immobilier.
Quelle est votre tolérance au risque ? Si vous n’avez pas besoin de votre argent à court terme, la
prochaine énigme à résoudre est celle de votre tolérance au risque.
Comme les marché boursiers sont de plus en plus volatiles et que cette tendance n’est pas près de
s’amenuiser avec l’avènement des nouvelles technologies, il vous faudra
vous demander si vous êtes prêt à tenir le coup face à la volatilité
grandissante des marchés boursiers. Pour ce faire, vous devez vous
demander si vous êtes prêt à voir vos actifs fluctuer de parfois plus de
25%.
A titre d’exemple, si on prend les données du S&P 500, indice phare de l’économie
américaine, on s’aperçoit qu’en 2002, l’indice a varié de près de 32%,
et, pire encore, en 2008, durant la crise des subprimes, c’est de presque
46% que l’indice a chuté. De telles variations n’arrivent certes pas à
tous les ans mais il y a toutefois de fortes chances que vous viviez
cette situation à quelques reprises dans votre carrière d’investisseur
autonome si vous optez pour la bourse. Il est donc primordial de
s’assurer que vous pourrez accepter de tels sauts d’humeurs de M. le
Marché.
En plus des fluctuations, vous devez également bien connaître vos
besoins en liquidités qui seront, la plupart du temps, guidés par vos
responsabilités financières. Cet aspect est important car c’est souvent
celui qui guidera votre tolérance au risque. Ainsi, un jeune père de
famille ayant des paiements d’hypothèque tous les mois aura des besoins
en liquidités beaucoup plus élevés qu’un jeune adulte vivant dans le
sous-sol de ses parents !
Avez-vous les connaissances pour gérer vos placements ? Vous seriez étonné d’apprendre à quel point beaucoup de gens
investissent dans les marchés boursiers sans en avoir les connaissances
nécessaires. Fréquemment, je rencontre des gens qui achètent des titres
sans vraiment savoir ce qu’est réellement une action d’une société. Je
me plais à appeler ceux-ci les “plombiers” car, étant limités par leurs
connaissances financières, ceux-ci sont constamment en quête de tuyaux
que ce soit par le biais des revues financières ou auprès de leur
voisins ou collègues de travail…Alors c’est à moi de vous poser la
question : savez-vous précisément ce qu’est une action ordinaire ?
Savez-vous ce qui guide toutes ces fluctuations sur les parquets
boursiers ? Si vous ne le savez pas, vous devez le savoir ! Autrement,
vous apprêterez les marchés boursiers tel un cordonnier mal chaussé, et
donc, vous courrez au désastre !
De façon générale, un jeune investisseur ne pourra commencer à
placer des ordres d’achat à la bourse que s’il est en mesure
d’interpréter adéquatement les états financiers d’entreprises et qu’il
comprend les marchés financiers. En plus de cela,
l’apprenti-investisseur devra lire plusieurs ouvrages de base sur les
grands investisseurs du dernier siècle et ainsi se familiariser avec les
principaux ratios financiers. Pour ceux qui ne savent rien de tout cela
mais qui aimeraient quand même apprendre, sachez que Rome ne s’est pas
bâtie en un jour.
Contrôlez-vous vos émotions ? De façon générale, avez-vous un bon contrôle de vos émotions ?
Êtes-vous le genre de personne impulsive qui réagit rapidement sur le
coup de l’émotion ? Soyez honnête avec vous, et si la réponse est oui,
la bourse n’est probablement pas pour vous. Je dois vous avouer que la
bourse est un endroit surpeuplé de gens hyper-confiants, qui se croient
de super investisseurs seulement après avoir lu un livre ou une revue
sur les marchés boursiers. La bourse est une bête féroce, et donc,
sachez que vous ne devez surtout par vous prendre pour un spécialiste
simplement parce que vous avez lu un livre sur Warren Buffett. Cela pourrait vous sembler
bizarre mais l’investissement c’est, à mon avis, l’un des seuls domaines
que je connaisse où l’excès de confiance vous sera plus dommageable
qu’un léger manque de confiance.
En effet, il est préférable pour votre santé financière de vous
remettre en question régulièrement plutôt que de constamment vous dire
que vous êtes le meilleur et que vous avez pris les meilleures
décisions. C’est d’ailleurs l’une des raisons pourquoi les femmes ont
plus souvent de succès en bourse que les hommes. Elles ont moins
tendance à avoir recours à leurs “couilles” pour prendre ces mêmes
décisions.
Conclusion En somme, pour déterminer si vous êtes faits pour la bourse, vous
devrez répondre positivement à ces quatre questions :
- Mon horizon de placement est-il d’au moins 5 ans ?
- Est-ce que je peux tolérer le risque au point de voir mon
portefeuille fluctuer de près de 50% en une année ?
- Ai-je suffisamment de connaissances financières pour gérer mes
propres placements ?
- Ai-je un bon contrôle de mes émotions ? Est-ce que je garde mon
sang froid même dans les pires situations ?
Pierre-Olivier Langevin